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Aspects politiques de la France mérovingienne

1. Le pouvoir des Mérovingiens, basé sur les clientèles

Depuis Clovis, les rois mérovingiens exercent le pouvoir personnel, symbolisé par le mund et la longue chevelure. Cependant, ils doivent entretenir ce pouvoir, afin de continuer à être reconnus comme rois. Le pouvoir royal s’exprime à travers les dons du roi. De tels dont créent des « amis », des « obligés » qui entretiennent des rapports privilégiés avec le roi.   Ces « obligés », ces bénéficiaires des dons royaux sont appelés les leudes, et sont les membres de l’aristocratie à qui le roi impose la fidélité.

Les dons du roi peuvent être des charges laïques ou ecclésiastiques, des biens fonciers, ou encore simplement une place à la table du roi, ce qui est une marque de distinction suprême. Ainsi, il apparaît que le palais du roi est un lieu essentiel de pouvoir et de dignité. Qui plus est, le roi possède plusieurs palais, qui sont le centre de grands domaines (les villae) : ces palais se trouvent par exemple à Paris, Clichy, Ecouen, ou encore Metz.

Le roi vit de ses domaines, qui correspondent aux anciens fiscs romains. Le roi agrandit ses domaines grâces aux terres conquises. Les revenus de ces domaines apportent l’essentiel des recettes royales. A cela s’ajoutent les impôts, hérités de l’Empire romain, comme par exemple les tonlieux (impôts prélevés sur la circulation des marchandises). A cela s’ajoutent en plus les deux tiers des amendes imposées par la justice, qui rentrent donc dans la recette royale, ainsi que les trésors de guerre. La fiscalité royale mélange donc les revenus d’origine privée à ceux d’origine publique.

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2. Des institutions héritées de l’Empire romain

Qui plus est, le roi s’appuie sur des institutions constituant une sorte de contrepoids aux liens personnels qu’il entretient avec les leudes, soumettant une fois de plus ces derniers au pouvoir royal. Cette organisation administrative, héritée en partie de l’Empire romain, se divise en deux échelles distinctes :

  • Le pouvoir central : Au palais, plusieurs officiers remplissent diverses fonctions administratives : le connétable s’occupe de l’écurie, le maréchal s’occupe de la table et du tribunal, le maire du palais contrôle l’ensemble des officiers laïcs de la cour et dirige les intendants. Ces charges, publiques, sont confiées aux leudes. Elles ont donc tendance à devenir des récompenses conférées à titre privé. Les leudes qui peuplent la cour suivent encore une sorte de carrière des honneurs, un cursus honorum, à la manière antique. Ils passent ainsi de leur pays d’origine à la cour du roi, puis à d’autres charges au sein du royaume (laïques ou ecclésiastiques). La cour est une étape-clé d’un tel cursus honorum, que le roi contrôle totalement puisqu’il en est le dispensateur.

  • Le pouvoir local : il est confié aux comtes qui sont eux aussi recrutés parmi les leudes. Chaque comte est à la tête d’un territoire, la civitas (la cité), ou bien d’une subdivision de ce territoire, le pagus. Nommé par le roi, le comte détient tous les pouvoirs. Il préside le mallus, assemblée de tous les hommes libres qui constituent le tribunal public. Parmi les hommes libres, qui sont des guerriers, les plus puissants d’entre eux peuvent aider le comte, notamment dans le domaine judiciaire : ils sont alors appelés boni homines dans le Midi, et rachimbourgs ou échevins dans le Nord.

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3. La montée en puissance de l’aristocratie

Il n’y a pas de lien direct entre le roi et son peuple. Les esclaves (dont le nombre se réduit faute de conquêtes) dépendent exclusivement de leur maître, et les hommes libres prêtent serment de fidélité au roi par l’intermédiaire des comtes. Les paysans ou les citadins, quant à eux, cherchent des protections et en trouvent notamment grâce à des contrats par lesquels ils se déclarent dans la maimbour (c’est-à-dire sous la protection) d’un homme plus puissant qu’eux, chef de domaine ou chef de guerre, auquel ils offrent leurs services en échange de la protection de ce dernier, qui leur apporte nourriture et vêtements

Ainsi, il apparaît que les liens personnels l’emportent à tous les niveaux de la société. Cela permet à l’aristocratie de se développer.

L’aristocratie, en effet, se fonde sur les liens personnels, sur les charges que le roi leur confie et sur la fortune matérielle qui leur revient grâce à ces charges.

Si l’aristocratie doit une grande partie de son existence au souverain, il faut noter qu’elle peut échapper aux exigences de la fidélité royale, notamment par le fait qu’elle possède des biens privées et qu’elle peut aussi se constituer des réseaux de clientèles. Ainsi, un certain nombre de liens donnent sa cohésion à l’aristocratie :

  • La vassalité : les plus riches membres de l’aristocratie entretiennent une clientèle de protégés, protégés qui leurs promettent alors obéissance et service pour toute leur vie, en échange d’un bienfait (le beneficium) en terre ou en or. Le protégé reçoit alors le nom de vassus, vassal.

  • La parenté : elle repose sur le fait que les aristocrates se marient entre eux, donc sur les liens du sang et les liens du mariage. De plus, avec l’essor de l’Eglise catholique, on assiste au tissage de nouveaux liens de parenté artificielle, correspondant au parrainage. La parenté permet donc la mise en place de liens « verticaux », d’ascendant à descendant, mais elle permet aussi la mise en place de solidarités, de liens « horizontaux » entre personnes du même âge.

La diversité des appuis qu’obtiennent les aristocrates leur donne une autonomie qui les éloigne petit à petit du roi. En 614, Clotaire II, soumis aux aléas de la fortune royale, se voit dans l’obligation d’accepter que les comtes soient nommés dans leur territoire d’origine. Désormais, l’autorité privée des comtes, fondée sur leurs biens propres, sur leurs parentés et sur leurs clientèles, se trouve alors accrue par l’autorité publique qui leur est conférée. Les revenus publics des comtes s’ajoutent à leurs revenus privés, et petit à petit on assiste à une considérable montée en puissance aristocratique. L’équilibre entre fidélité au roi et puissance personnelle est difficile à tenir, ce qui peut entraîner la formation de coalitions aristocratiques et l’opposition au pouvoir royal.

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Par conséquent, on aboutit petit à petit à un émiettement de l’unité du royaume franc. Le seul lien véritable entre les hommes reste le christianisme.

Auteur : Historien

Source : Claude GAUVARD, La France au Moyen Age, PUF Quadrige, 2005

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