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L'Empire byzantin (4) : Le fléchissement impérial sous les dynasties des Comnènes et des Anges (1057-1204)

Voir le chapitre précédent :

L'Empire Byzantin (3) : La dynastie macédonienne et l'apogée de l'Empire byzantin (867-1057)



1. Les Comnènes, au coeur des difficultés

Isaac 1er Comnène, qui appartenait à une famille de l’aristocratie militaire, ne put se maintenir au pouvoir que deux ans et abdiqua dès 1059. Pendant vingt ans (1059-1081), une lutte acharnée pour le pouvoir se déroula entre la cour et les militaires. Huit empereurs se succédèrent au cours de cette période, et le parti de la cour, représenté par la dynastie des Doukas, l’emporta. Mais le gouvernement des Doukas fut désastreux. Par crainte d’augmenter le pouvoir militaire, la défense fut négligée, au moment même où d’anciens et de nouveaux dangers apparaissaient de tous côtés :

  • dans les Balkans, les Petchenègues menaçaient la ligne du Danube, les Bulgares étaient tourmentés par l’hérésie bogomile, les principautés serbes s’agitaient ;

  • à l’Est, les Turcs Seldjoukides se substituaient à un califat depuis longtemps impuissant et, en 1071 leur victoire sur les byzantins à Manzikert leur livra la plus grande partie de l’Asie Mineure ;

  • en Italie, les derniers Byzantins furent chassés par les Normands (1071), qui peu après s’attaquèrent à l’Epire.

 L’Empire byzantin fut sauvé par l’accession au trône d’un nouveau Comnène, neveu d’Isaac : Alexis 1er Comnène (1081-1118).

Alexis Comnène, mosaïque de Sainte-Sophie, Istanbul

Avec lui, l’aristocratie militaire et provinciale l’emporta sur la bureaucratie de cour. Le redressement de l’Empire fut remarquable. Bien que le Trésor fût vide et les forces militaires insuffisantes, Alexis fit face à tous ses adversaires à la fois, par les armes et par la diplomatie. Sur la base du maintien du statu quo, il traita avec le sultan seldjoukide de Roum ; il obligea les Normands à lâcher prise dans les Balkans ; il écrasa les Petchenègues au Liburnion en avril 1091. Libéré ainsi du côté de l’Occident, il entreprit une reconquête de l’Asie Mineure sur les Seldjoukides, lorsqu’un événement vint bouleverser toutes les données de la politique byzantine : l’arrivée de la Première Croisade (1096-1097). Ne pouvant interdire le passage aux masses innombrables de croisés qui s’avançaient sur son territoire, Alexis Comnène s’efforça de les diriger le plus vite possible vers l’Asie, non sans avoir obtenu de la plupart d’entre eux un hommage de vassalité lui permettant d’affirmer sa suzeraineté sur leurs conquêtes. Les premiers contacts des Latins et des Byzantins furent mauvais (cf. Alexiade d’Anne Comnène, où les Occidentaux apparaissent comme des barbares avides et désorganisés).

Jean II (1118-1143) élimina définitivement les Petchenègues, fit rentrer les Serbes sous sa suzeraineté, battit les Hongrois ; en Asie, son principal souci fut d’imposer la suprématie byzantine à la principauté normande d’Antioche et ses opérations militaires furent dirigées moins contre les Turcs que contre les Chrétiens arméniens qui avaient créé un Etat indépendant de Petite Arménie (lequel fut finalement annexé à l’Empire en 1137). Les Byzantins ne voulaient entendre parler ni du pape ni des Latins, et la politique trop occidentaliste de Manuel 1er (1143-1180) provoqua de ce fait de sanglantes réactions (massacre des Vénitiens et des commerçants latins de l’Empire en 1182). En outre, cette politique occidentaliste eut des conséquences encore plus graves en Orient, où les intérêts immédiats de l’Empire avaient été négligés : en 1176, le sultan seldjoukide Kilidj Arslan II infligea aux Byzantins une terrible défaite à Myrioképhalon, en Phrygie. Tout espoir de récupérer les provinces perdues d’Asie Mineure fut alors totalement abandonné.

La dynastie des Comnènes s’acheva dans le sang. Le fils de Manuel 1er, Alexis II, fut détrôné par son cousin, Andronic Comnène (1183-1185). Ce dernier, tyran sanguinaire mais aussi réformateur hardi, voulut défendre les humbles ruraux et abattre la grande propriété foncière. Mais l’aristocratie s’insurgea et Andronic fut massacré.

2. Les Anges, au coeur de l'anarchie

A partir de 1185, la famille des Anges, parente des Comnènes, régna sur Constantinople, jusqu’en 1204. Cette période d’une vingtaine d’années ne fut qu’une guerre civile continuelle. Profitant de cette anarchie, les Serbes s’émancipèrent de nouveau, et un second empire Bulgare se constitua, sous l’encouragement des empereurs allemands occidentaux et du Saint-Siège.

Au début du XIIIème siècle, l’Empire byzantin était en voie de décomposition accélérée. Les Vénitiens, craignant pour leurs activités commerciales les violentes réactions xénophobes de la plèbe byzantine, en arrivèrent à concevoir l’idée d’une conquête de l’Empire déclinant. Ayant réussi à réduire à leur merci les chefs de la quatrième croisade, ils détournèrent vers Constantinople cette expédition préparée contre l’Egypte en prenant prétexte de l’usurpation d’Alexis III Ange, qui avait détrôné leur allié Isaac 1er Ange. En juin 1203, la flotte vénitienne arriva dans Constantinople ; la ville fut prise d’assaut par les croisés (17 juillet 1203), Alexis III fut détrôné et remplacé par Isaac Ange et son fils Alexis IV. Mais, aux yeux des Grecs, ces souverains n’étaient que des fantoches aux ordres des Latins détestés. Une révolution éclata, Isaac et Alexis IV furent renversés. Les croisés en profitèrent alors pour s’emparer totalement de Constantinople le 12 avril 1204.

Entrée des Croisés dans Constantinople, peinture d'Eugène Delacroix datant de 1840

Se constituèrent alors des principautés franques vassales données à des chefs de la croisade : le royaume de Thessalonique, le duché d’Athènes, la principauté de Morée. Toutefois, en Asie et dans les Balkans subsistaient trois Etats grecs indépendants : le despotat d’Epire sur les rives de l’Adriatique ; l’Empire de Trébizonde au sud-est de la Mer Noire ; et l’Empire de Nicée de la Mer Noire à la Mer Egée (encerclant l’Empire latin de Constantinople).

Carte de l'Empire latin de Constantinople et des trois états indépendants (Epire, Nicée, Trébizonde)

La suite et fin de cet article est ici :

L'Empire Byzantin (5) : Vers la chute de l'Empire Byzantin (1204-1453)

Auteur : Historien

Source : Dictionnaire Mourre

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