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L'Empire byzantin (1) : Du partage de l'Empire romain à la dynastie d'Heraclius (285-717)

Le partage de l’Empire romain remonte initialement à l’institution de la dyarchie (285) : pour mieux assurer la défense des frontières contre les Barbares, l’empereur Dioclétien s’associa à Maximien, auquel il confia la défense de l’Occident, pendant que lui-même gardait l’Orient. Constantin (325-337) rétablit l’unité de l’Empire, mais décida d’installer une nouvelle capitale de l’Empire romain à Constantinople (330). Ce transfert de la capitale de l’Empire romain en Orient suffit à individualiser administrativement la partie orientale de l’Empire romain, mais ne crée par pour autant un état nouveau. C’est la perte progressive de l’Occident au profit des Barbares et, en dépit de la tentative de reconquête par Justinien, l’assimilation progressive des éléments chrétiens et orientaux qui créent en quelques siècles l’Empire byzantin, car cette partie de l’Empire romain supporta moins fortement le choc des invasions. Les Romains des provinces orientales ne ressentirent en effet pas la nette coupure provoquée en Occident par les grandes invasions du Vème siècle. Ainsi, l’Etat oriental restait l’Empire des Rhomaioi. Durant tout le IVème siècle, c’est à l’est que se concentrèrent la plupart des activités du monde romain, tant dans le domaine politique que dans le domaine spirituel.

Mosaïque représentant Constantin Ier (vestibule sud de la basilique Sainte Sophie, Istanbul)

1. Division de l’Empire romain et prédominance de l’Orient 

On considère généralement que la division de l’ancien monde romain fut consommée à la mort de Théodose 1er (en 395). Les fils de ce dernier, Honorius et Arcadius, régnèrent l’un sur l’Occident, l’autre sur l’Orient. Ce partage n’était qu’un retour à la situation antérieure au règne de Constantin.

L’Empire d’Orient comprenait tous les pays européens situés au sud du Danube et à l’Est de la Drina, toutes les provinces asiatiques et l’Egypte. Il s’étendait ainsi sur toute la péninsule balkanique, l’Asie Mineure,
la Syrie, la Palestine, la Mésopotamie du Nord et une partie de l’Afrique du Nord-Est. Son cadre administratif, demeuré romain, comportait deux préfectures du prétoire (Illyrie et Orient), sept diocèses et 64 provinces. Cet Etat était sans conteste le plus puissant de l’univers civilisé.

Le fait essentiel qui sépara l’Orient de l’Occident fut la vague d’invasions barbares : elle submergea l’Occident, mais laissa quasiment en paix l’Orient. Les fortifications inexpugnables de Constantinople détournèrent en effet les envahisseurs vers l’Ouest. Qui plus est,  le paiement d’un tribut épargna
la Thrace et la Macédoine des ravages d’Attila (448). A cette époque, les règnes d’Arcadius (395-408) et de Théodose II (408-450) furent surtout troublés par des querelles religieuses (arianisme, nestorianisme, monophysisme). Le monophysisme, par exemple, trouva une grande audience en Egypte et en Syrie. Pour éviter une sécession des provinces, les empereurs, en particulier Zénon (474-491) furent amenés à intervenir dans les débats théologiques en y apportant des préoccupations toutes politiques. Zénon préconisa la modération à l’égard des monophysites, ce qui provoqua, à la fin du Vème siècle, un premier conflit avec le pape (schisme d’Acace). Le développement différent du christianisme en Orient et en Occident contribua aussi à séparer les deux anciennes moitiés de l’Empire : Théodose 1er avait proclamé le Christianisme religion d’Etat, et dès le Vème siècle l’Orient évoluait vers une forme originale de rapports entre le pouvoir impérial et l’Eglise.

En 476, le chef hérule Odoacre déposa le dernier empereur romain d’Occident, Romulus Augustule, et renvoya les insignes impériaux à l’empereur Zénon. Ainsi les chefs barbares reconnaissaient la suprématie impériale. Constantinople, à son tour, reconnut la suprématie des chefs barbares en Occident.

2. Justinien Ier et sa volonté de reconquérir l'Occident

Pourtant, les souverains byzantins ne se résignaient pas à ne régner que sur l’Orient. Nourri de culture classique, exalté par les souvenirs du passé romain, autoritaire, amoureux de la gloire et du faste, Justinien 1er (527-565) fit une tentative importante et finalement néfaste pour rétablir l’Empire dans son intégrité. Disposant de bons généraux tels que Bélisaire et Narsès, il mit à profit la faiblesse interne des Etats barbares. La reconquête de l’Occident aboutit à la destruction des royaumes vandale (534) et ostrogoth (552) ; une partie de l’Afrique du Nord et l’Italie redevinrent des provinces impériales et formèrent les exarchats de Carthage et de Ravenne. Ces succès ne furent pas sans lendemain, mais étaient toutefois incomplets : la plus grande partie de l’Espagne, la Gaule tout entière et la couverture septentrionale de l’Italie, restées aux mains des Germains, pouvaient servir de bases pour de nouvelles invasions. Dans l’esprit de Justinien, la reconquête militaire ne se séparait pas d’une restauration intégrale de
la Romania à l’intérieur. L’empereur réalisa une œuvre législative considérable : le code Justinien (529), impressionnante somme du droit romain, attestait la fidélité de Byzance à ses origines. Empereur chrétien, Justinien s’attribuait aussi la mission d’imposer partout l’orthodoxie ; il établit définitivement l’autorité de l’empereur sur l’Eglise byzantine. La tentative de Justinien, qui n’a malgré tout pas réussi à réunir durablement l’Occident et l’Orient, est toutefois une étape importante de l’histoire et de l’art byzantin.

3. L'arrivée de nouvelles menaces et la mise en place d'une nouvelle politique

Le demi-siècle qui suivit la mort de Justinien vit l’évanouissement du rêve occidental qui avait inspiré le grand empereur. Dès le règne de Justin II (565-578), la plus grande partie de l’Italie reconquise dut être abandonnée aux Lombards. En outre, au début du VIIème siècle, Byzance fut menacée au Nord et à l’Est par les Avars (descendus de la frontière du Danube) et par les Perses déferlant en Asie Mineure, ainsi que par des tribus slaves de plus en plus nombreuses qui s’installaient dans les Balkans. L’empereur Héraclius (610-641) concentra donc tous ses efforts sur l’Orient, donnant à sa lutte le caractère d’une guerre sainte : entre 622 et 629, il chassa les perses Sassanides de Syrie et de Palestine, et en mars 630, il fit son entrée solennelle à Jérusalem récupérée des mains des Perses.

Mais à peine le danger perse éloigné, apparut un nouveau péril encore plus dangereux : la conquête arabe. Entre 632 et 646, l’islam submergea la Syrie, la Mésopotamie, l’Arménie, l’Egypte. Le règne d’Héraclius s’acheva dans la débâcle. Sous Constantin IV Pogonat (668-685), les Arabes assiégèrent Constantinople (674-677), et ils ne furent repoussés de justesse que grâce au feu grégeois. Ces luttes du VIIème siècle donnèrent à l’Empire byzantin son orientation définitive : le rêve de Justinien fut définitivement abandonné, Byzance se tourna vers l’Est pour faire face aux menaces venues d’Asie. Cette orientation nouvelle fut consacrée par de profondes réformes administratives. Aux cadres antiques, fondés sur la séparation des pouvoirs civils et militaires, se substitua le régime des thèmes, districts où tous les pouvoirs étaient concentrés dans les mains du stratège, et où les soldats furent installés dans des domaines héréditaires et inaliénables. C’est également à cette époque que le latin cessa d’être la langue officielle administrative de l’Empire et que le titre d’imperator fut remplacé par celui de basileus. Ainsi, l’Empire, qui avait été jusqu’alors une suite de l’Empire romain, devenait proprement l’Empire byzantin, plus indépendant.

 

La suite de ce chapitre est ici :

L'Empire Byzantin (2) : les dynasties isaurienne et amorienne (717-867)

Auteur : Historien

Source : Dictionnaire Mourre

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