Mail :




en ce moment
5 connectés
aujourdhui
8 visiteurs
Global
36828 visiteurs
Google

Le Livre d'Or est désactivé suite à des problèmes de spam. Merci de votre compréhension.




La Protohistoire : une période mal connue

Le mot “ protohistoire ” est apparu dès la fin du XIXe siècle (Journal officiel du 5 avril 1877) sous l’influence de préhistoriens comme Gabriel de Mortillet.

Le terme est toutefois utilisé suivant des conceptions chronologiques assez diverses. Certains y incluent le Néolithique, d’autres, au contraire, le réservent au seul âge du fer. Cette disparité est accentuée par un usage international très irrégulier. Chez es auteurs de langue anglaise le terme en lui-même est peu employé. Les allemands, quant à eux, ont toujours distingué la préhistoire (Urgeschichte et Vorgeschichte) de la protohistoire (Frühgeschichte), mais, de même que certains protohistoriens de langue slave ou scandinave, ils comprennent dans cette dernière l’étude des civilisations barbares des premiers siècles de l’ère chrétienne.

La définition la plus globale de la protohistoire, que l’on puisse donner malgré tout est la suivante : la protohistoire est la science qui regroupe l’ensemble des connaissances sur les peuples sans écriture contemporains des premières civilisations historiques. Pour l’Europe, elle concerne principalement les deux millénaires précédant l’ère chrétienne et correspond aux classiques âges des métaux : Chalcolithique, ou âge du cuivre, âge du bronze et âge du fer. L’époque qu’elle couvre succède à la préhistoire au sens strict, qui rassemble le Paléolithique, le Mésolithique et le Néolithique. La protohistoire n’est pas une simple époque de transition entre la préhistoire et l’histoire, mais une phase originale de l’évolution humaine qui voit en particulier la découverte et le développement de la métallurgie : cuivre, bronze et fer.

1. L’Age du Cuivre (ou Chalcolithique) : entre 4000 et 2500 av. J.-C. environ

La naissance de la métallurgie européenne fut longtemps perçue comme le simple reflet d’inventions issues précocement d’Asie Mineure ou du monde méditerranéen. En Europe continentale, les premières routes du cuivre étaient jalonnées d’objets manufacturés tels que les torques à enroulement (colliers de métal rigides, et de forme ronde) qui, provenant de Syrie ou du Liban, auraient été échangés jusqu’en Bohême (Allemagne actuelle) et même jusque dans l’est de la France.

Un torque celte (Tayac, Gironde)

De Chypre, un trafic de “ poignards chypriotes ” aurait gagné jusqu’aux îles Britanniques. En réalité, ces derniers objets ont été bien souvent apportés dans les musées occidentaux par les antiquaires du XIXe siècle. Les recherches récentes ont prouvé l’existence et la multiplication de centres indigènes producteurs de cuivre dès le IIIe millénaire voire plus tôt. Toutefois, entre ces premières exploitations indigènes et le développement de grandes civilisations du métal, il y a un important décalage chronologique. C’est peu avant le IIe millénaire que certains groupes humains vont, par leur action, modifier non seulement l’équipement matériel mais les structures sociales et religieuses propres aux ethnies néolithiques. Ainsi, en Europe nordique et centrale, les groupes “ cordés ” (dénommés de la sorte à cause de leur intense production de gobelets funéraires décorés d’impressions de cordelettes) ont eu une influence considérable. Ils établirent une nouvelle tradition funéraire : l’inhumation individuelle en coffre, contrastant avec l’usage des sépultures collectives habituelles au Néolithique. Ils connaissaient le métal ou, du moins, savaient imiter les moulages des premières haches en cuivre produites en Hongrie, inspirées des prototypes anatoliens. En Europe occidentale, la diffusion du métal est due aux groupes campaniformes dont les gobelets funéraires prennent la forme d’une poterie en forme de cloche renversée (d’où le nom de “ campaniforme ”). Outre les poteries, les tombes campaniformes contiennent des javelines (arme de jet longue et mince, petit javelot) de cuivre (exemple des pointes de Palmela, au Portugal).

Les études spectrographiques ont montré la diversité des premiers cuivres fabriqués en Europe. Les haches de combat hongroises sont en métal exempt d’impuretés décelables. Les cuivres ibériques sont alliés avec de l’arsenic. Les cuivres irlandais contiennent quant à eux de fortes traces d’antimoine, d’argent et d’arsenic. Les cuivres des groupes du sud de la France, enfin, comprennent de l’antimoine et de l’argent.

2. L’Age du Bronze : entre 2500 et 900 av. J.-C. environ

 Assimilant rapidement les progrès métallurgiques réalisés au Proche-Orient, la Méditerranée occidentale est le berceau vers l’an 2000 des premières civilisations européennes du bronze. C’est tout d’abord la civilisation des Cyclades, puis celle de la Crète, effacée vers 1600, par la prestigieuse culture mycénienne qui témoigne d’un art architectural remarquable (tombes à coupoles, magnifiques armes incrustées d’or et d’argent…) . Les relations qu’entretient alors le monde égéen avec les “ barbares ” européens entraîne le développement des peuples d’Europe continentale.

Il est d’usage de distinguer dans l’âge du bronze européen trois stades successifs :

  • Au stade du Bronze ancien, que l’on peut dater en moyenne de 1900 à 1500 avant J.-C., l’étain apparaît dans les alliages qui remplacent la gamme des cuivres du Chalcolithique. Les armes se perfectionnent ; le rite des sépultures individuelles se développe, aboutissant tantôt à des cimetières de tombes et coffres, tantôt, sous des formes “ princières ”, à la construction de grands tumulus. Parmi les groupes culturels du Bronze ancien, quelques centres semblent avoir joué un grand rôle dans la diffusion des nouveautés. Par exemple, la culture d’Unetice (Bohème), celle de Leubingen ( Saxe), ou celle de Straubing (Bavière), vont rayonner sur toute l’Europe centrale. En péninsule ibérique, le site d’El Argar est un grand centre d’extraction et de production d’argent. Egalement, plus au Nord, la quête de l’ambre, du cuivre, de l’or et de l’étain entraîne la richesse des populations riveraines de la Manche et de la mer du Nord. Les civilisations jumelles du Wessex anglais et de Bretagne inhument leurs petits seigneurs dans des tombes sous tumulus avec un mobilier parfois somptueux. Les derniers grands temples mégalithiques (comme Stonehenge dans le Wessex), destinés au culte solaire, sont achevés.

  • Au Bronze moyen (1500-1100) la production métallique  se perfectionne. La civilisation des tumulus recouvre la majeure partie de l’Europe avec de nombreux faciès régionaux. La mythologie s’enrichit : de nouveaux thèmes cultuels (cheval, char, feu…) viennent s’associer aux anciens rites de fertilité encore en usage.

  • Le Bronze final (1100-700, varie selon les régions) est une période complexe de mutations variées. Il semble que des mutations se soient produites par simples échanges commerciaux ou culturels entraînant un passage graduel des groupes des tumulus du Bronze moyen à ceux des champs d’urnes funéraires (signifiant l’essor des sépultures à incinération). Les faucilles produites en abondance (dépôt de Briod, Jura) témoignent à la fois de l’importance de l’agriculture et de l’utilisation permanente du métal pour les objets les plus usuels. Dans la zone atlantique, on connaît les populations du Bronze final surtout par leurs dépôts d’objets en bronze : épées à pointes rétrécies (dites en langue de carpe), ou haches à ailerons et à douille. C’est au Bronze final que se développent certains aspects originaux de l’architecture mégalithique méditerranéenne : talayots des Baléares, torres de Corse ou nouraghes de Sardaigne, qui se prolongent à l’âge du fer.

3. L’Age du Fer : entre 900 et 50 av. J.-C. environ

On distingue deux périodes classiques : la période de Hallstatt (Premier Age du Fer) et la période de La Tène (Second Age du Fer).

  • Le site de Hallstatt découvert en haute Autriche en 1846 est constitué d’un grand cimetière où les premières armes en fer concurrençaient les poignards en bronze. Ce site a donné son nom au Premier Age du Fer (dit période de Hallstatt) qui s'étend environ de 900 à 450 av. J.-C. Outre l’armement en fer, de grandes sépultures princières montrent en Allemagne du Sud et en périphérie de cette région l’existence d’aristocraties guerrières (exemple de la tombe de Vix en Bourgogne).

  • Pour la période de La Tène (à partir de 450 av. J.-C.), les peuples d’Europe sortent de l’anonymat grâce aux relations des historiens classiques qui progressivement mentionnent les Celtes, les Gaulois, les Ibères, les Scythes, les Illyriens… Le site de La Tène, découvert lors d’une baisse des eaux du lac de Neufchâtel (Suisse) a apporté de nouveaux éléments d’armement, beaucoup plus nombreux que durant le Premier Age du Fer : longues épées en fer, casques pointus, grands boucliers de bois à umbos de bronze (umbo = pièce métallique renforçant le centre et l’avant des boucliers) et poignards à manches anthropomorphes. Cette présence importante des armes traduit une mise en valeur de la fonction guerrière.

Carte d'expansion des peuples celtes, avec les sites de Hallstatt et de La Tène

La Protohistoire s’achève, avec la fin de la période laténienne, au moment des Conquètes Romaines (c’est-à-dire à partir du milieu du Ier siècle av. J.-C.) : les civilisations protohistoriques (en particulier les Celtes) s’effacent sous le joug et les apports de la civilisation romaine.

Auteur : Historien

Source : Encyclopédie Universalis

Site en création par Frichtiweb.com - © Copyright Frichtiweb.com - 2007
Développé pour IE7, compatibilité autres logiciels.